Qui Sont Les Repentis des Réseaux Sociaux ?

Pourquoi diable des ingénieurs de la Silicon Valley se repentent-ils d’avoir créé des réseaux sociaux et des mécanismes d’utilisation (scroll infini, likes) qui leur ont rapporté des millions ? Depuis quelques années, quelques esprits brillants, issus de Facebook, Youtube, Twitter et autres GAFAM font leur mea culpa, seuls ou via des documentaires, tels que The Social Dilemma (Derrière nos écrans de fumée, en français). Ils regrettent d’avoir sciemment créé cette dépendance à nos smartphones et ordinateurs. 

Alternatives et prise de distance avec Facebook et autres GAFAM
Photo by William Iven on Unsplash

Repenti des réseaux sociaux : Aza Raskin et le scroll infini

Vous arrive-t-il, en effet, de vous perdre dans des heures de surf virtuel, alors que vous projetiez de prendre le grand air ? Vous scrollez, vous scrollez et il y a toujours quelque chose qui apparaît. C’est à cause de l’infinite scroll, créé par Aza Raskin, fils du co-créateur de Macintosh.

Aza Raskin, un des repentis des réseaux sociaux !

Pur produit de la Silicon Valley, Aza Raskin a été Creative Director chez Mozilla.  Il dresse un constat alarmant sur sa création. En effet, nous avons tous oublié qu’avant 2006, on ne pouvait pas faire défiler des pages indéfiniment. On appuyait sur Précédent ou Suivant. 

Aza Raskin s’en veut d’avoir contribué à l’addiction aux réseaux sociaux. L’intention originelle du développeur était de proposer aux internautes une expérience utilisateur optimale, où il ne serait pas frustré par l’interruption du flux de données.

Il n’a pas du tout perçu les conséquences néfastes de son invention, qui nous cloue à notre smartphone comme un drogué à son rail de cocaïne.

Il dénonce ce qu’il était lui-même : l’un de ces milliers d’ingénieurs qui ont tout donné, au fin fond de la Silicon Valley, pour que l’on reste scotché.e à notre écran. 

Un Repenti de chez Facebook : Chamath Palihapitiya et les émoticônes

Chamath Palihapitiya est l’ancien vice-président chargé de la croissance de l’audience, chez Facebook.

Il se morfond à présent « d’avoir participé à la création d’outils qui déchirent le tissu social ». Après avoir grandement contribué au succès de l’entreprise, il a commencé à se sentir immensément coupable d’avoir aidé Facebook à gagner de plus en plus d’utilisateurs.

Les « cœurs, “j’aime” et pouces en l’air » l’écœurent.

Il est effaré de voir combien de gens finissent par confondre le nombre de réactions à leurs publications avec la valeur ou popularité qu’ils s’attribuent, totalement soumise aux variations des algorithmes.

Il dénonce :

« des boucles de réactions, basées sur la dopamine, qui détruisent le fonctionnement de la société »

L’ingénieur estime qu’à cause des réseaux sociaux « il n’y a plus d’échanges civilisés, ni de coopération. La désinformation, et les contre-vérités circulent ». Il s’inquiète même de l’altération de nos comportements, à cause des réseaux sociaux.

Chamath estime que tous les collaborateurs se doutaient des conséquences potentiellement néfastes de leur travail, mais pas à ce point.

À titre personnel, et malgré les tensions que cela peut créer avec ses proches, il n’utilise pas Facebook (comme Steve Jobs n’utilisait pas l’i-pad…). L’ingénieur n’utilise jamais le célèbre réseau social…car il a peur « d’être programmé » à son tour.

Tristan Harris, le philosophe éthique repenti de chez Google

Tristan Harris a étudié quelque temps au Stanford Persuasive Technology Lab et a ensuite travaillé comme philosophe éthique à Google, où il évitait aussi d’être evil.

Il devint lui-même complètement accro à Gmail, au point de proposer un jour à ses collègues une présentation PowerPoint proposant des solutions pour endiguer l’addiction à cette messagerie. Il fut approuvé, largement, et son idée retomba comme un soufflé…

Lui et ses collègues continuèrent à travailler à rendre les puissantes applications Google irrésistibles, pour le cerveau humain.

Jeune ingénieur inconscient à l’époque, il s’en veut à présent d’avoir joué aux apprentis sorciers, avec des outils visant à manipuler les esprits et l’attention humaine. Il pourfend « ces notifications, sur votre smartphone, qui programment littéralement vos pensées ».

Il dénonce, entre autre, cette intelligence artificielle, bien entraînée, nourrie de milliers de paramètres et de scénarios, qui étudie, grâce à la timeline Facebook, le profil psychologique des utilisateurs, leurs déplacements, et leurs émotions, grâce à la reconnaissance faciale. 

Il met en garde contre les dérives de l’autoplay sur Netflix ou YouTube.

Notre repenti s’inquiète de l’addiction de ces adolescents, à Snapchat, qui vont jusqu’à échanger leurs mots de passe avec les copains, pour que ces derniers continuent à publier du contenu, en leur absence.

Puissance et dangers des GAFAM

Préférer son smartphone au monde qui nous entoure

Il estime que les réseaux sociaux ont créé une réalité sociale alternative, où les comportements extrêmes sont valorisés (stimulation des émotions, du cerveau reptilien obligent).

Le téléphone devient une drogue en compétition avec la réalité. Il nous rend plus impatient, surtout lorsque la réalité est ennuyeuse ou déprimante. Les écrans répondent toujours à nos désirs là où la réalité peut nous frustrer, régulièrement. C’est un cercle vicieux. C’est pourquoi Tristan Harris prône désormais un nouveau modèle :

des technologies qui nous aident à employer notre temps de la meilleure façon qui soit, avec un design d’interaction qui soit vertueux par défaut. Comprendre, par exemple, un réglage d’usine du smartphone en noir et blanc plutôt qu’en couleur.

Guillaume Chaslot, repenti d’avoir rendu les gens accrocs à Youtube

La mission de Guillaume Chaslot, ingénieur français exilé dans la Silicon Valley, c’était de faire passer aux gens le plus de temps possible devant des vidéos Youtube, sur leurs écrans. Ainsi, ils étaient exposés à un grand nombre de publicités, lors du visionnage des vidéos, ce qui permettaient aux annonceurs d’engranger un maximum de bénéfices.

La recette de cet enfermement de l’internaute sur Youtube ? L’algorithme de Youtube était nourri, entre autre, avec l’historique des vidéos que les utilisateurs avaient regardées.

Les vidéos présentant des fake news, informations sensationnelles, racoleuses et/ou complotistes étaient sélectionnées et introduites dans la liste de « Vidéos Suggérées » à l’internaute. A ce propos, il existe un petit logiciel très pratique, baptisé Freetube, qui vous permet de consulter anonymement des vidéos, sans pistage et sans suggestion de vidéos.

Ces contenus peu qualitatifs et trompeurs remportaient un vif succès car il est plus facile de garder quelqu’un scotché à un écran grâce à des contenus faux et choquants qu’avec des contenus présentant de vraies informations, habituelles, plus ternes, moins divertissantes. 

De lui-même, Guillaume Chaslot avoue avoir participé à proposer des contenus toxiques pour que Google maximise ses revenus publicitaires. En échange, il avait un bon salaire, pouvait aller surfer près de chez lui, … une vie de rêve pendant un temps. 

Chris Wetherell, le repenti du Retweet…

Cet ingénieur est l’inventaire du bouton « Retweet », qui permet de retweeter un message en un clic. 

Il a réalisé un peu tard que ledit bouton qui a remplacé un processus en 3 temps (clic sur « Repartager + Copier + Coller) supprimait purement et simplement le temps de réflexion qui permettait éventuellement de renoncer au partage d’un message. 

Ont suivi de nombreux retweets, souvent par des gens malintentionnés, qui ont participé au harcèlement de masse d’autres internautes.

Le retweet d’informations fausses et/ou vulgaires a permis à quelques internautes planqués derrière leur écran, d’être très offensifs et de nuire facilement et simplement à la réputation d’autres personnes.

Les réseaux sociaux flattent nos bas instincts et titillent nos vulnérabilités

Quelques bas instincts que les réseaux sociaux brossent dans le sens du poil : l’envie, la jalousie, le narcissisme et l’égocentrisme gonflés à bloc, le voyeurisme, les commérages… mais concentrons nous sur le principal besoin, débusqué par nos supers ingénieurs des réseaux sociaux…

Le besoin de validation sociale

Les réseaux sociaux flattent, avec la plus grande perversité qui soit, notre besoin de validation sociale. On dope son estime de soi grâce aux « likes » et pouces en l’air. On étale la singularité de son existence so cooool sans la moindre petite gêne (ma belle gueule, mes records sportifs, ma vie sociale extraordinaire)… 

Un peu comme le disait Van Damne dans un film brillant, l’internaute manipulé.e devient « une star pour les gens qui l’aiment ». Il donne plein d’informations sur lui/elle sur des plateformes gratuites et les GAFAM, ils siphonnent, ils siphonnent, ils siphonnent. Un processus très puissant quand on connaît l’appétence de notre société actuelle pour le gratuit, le facile, le tout-cuit et le rapide.

Il est d’autant plus dur, pour beaucoup d’entre nous, de comprendre les risques de détournement de nos données, entre autre à des fins de surveillance de masse, parce qu’on a « rien à cacher ».

Facebook et Netflix se repentiront-ils un jour ?

Le réseau social a parfois donné lieu à des affrontements virtuels suivis de faits graves dans la vie réelle…Il est bien connu que Zuckerberg prend note des problèmes et dérives que cause Facebook, s’excuse, mais ne change rien. Pire, il recommence exactement comme avant. Ce n’est pourtant pas compliqué d’apporter quelques modifications aux fonctionnalités les plus nocives. 

Le slogan initial de l’étrange Marco, c’était « Domination !!! Aller plus vite et briser les choses ». Sympa, hein ?

Son credo, c’était de mettre les individus en lien, de connecter toute l’humanité. Apparemment, plus on est connecté, plus on est « relié aux siens, ouvert, empathique et heureux ». Ah bon ?

Lui qui prônait la transparence et le partage a fini par racheter toutes les maisons autour de chez lui. Par ailleurs, Marco qui vit très modestement, a aussi investi dans une île pour des millions de dollars…

Reed Hastings, quant à lui, est bien trop excité par la perspective de nous empêcher de dormir. A l’entendre, on dirait que la toute-puissance qu’il a tiré des technologies persuasives le fascine…

“…think about it, when you watch a show from Netflix and you get addicted to it, you stay up late at night. You really —we’re competing with sleep, on the margin”.

Traduction : « Pensez-y un instant, lorsque vous regardez un programme sur netflix et que vous y devenez accros, vous finissez par rester éveillé très tard le soir. Vous êtes alors, nous sommes en compétition avec le sommeil. »


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