Comment Anticiper L’effondrement de Notre Civilisation Industrielle ?

Comment anticiper et faire face à l’effondrement de notre civilisation industrielle ? Entre le changement climatique, l’état de notre biodiversité, et notre insoutenable consommation énergétique, l’État saura-t-il où donner de la tête lorsqu’il sera trop tard pour redresser la barre ? Au vu de notre trajectoire actuelle, on peut quasiment affirmer que non. Dans ces conditions, nous, citoyens, ne pouvons compter que sur notre capacité de résilience.

Anticiper l’effondrement de notre civilisation dès maintenant

Mieux vaut prendre le changement par la main avant qu’il ne nous prenne par la gorge (Churchill)

Imaginez donc : nous n’aurions plus l’eau du robinet, l’électricité par intermittence, l’essence pour la voiture, c’est encore moins sûr, quant au train ou à l’avion, il ne faudrait plus compter dessus. Cela n’a rien d’un film hollywoodien ni des élucubrations fantaisistes d’une bande d’extrémistes fous. L’effondrement de notre civilisation est inéluctable et se base sur les rapports scientifiques les plus sérieux (GIEC, ONU, etc.).

Et si on repensait nos habitudes pour le climat ? Convertissons-nous à la vie qui nous attend demain, développons notre capacité de résilience, quand bien même le mot survivalisme peut faire ricaner. Ceci dit, les méthodes survivalistes nous serviront sans doute plus dans les années à venir que d’improbables objets High-Tech.

Anticiper l’effondrement en apprenant à se défaire de la voiture

  • Apprendre à se passer de la voiture individuelle autant que possible.
  • Privilégier les transports en commun tant qu’ils sont là (bus, tram, train).
  • Remplacer l’utilisation de la voiture par le vélo pour tous les petits trajets (moins de 5km) du quotidien. On s’habitue très vite ! 

 Cependant, nos vélos bien-aimés ne sont malheureusement pas la solution de demain. Voilà ce que Philippe Bihouix dit à leur sujet :

un vélo, ce sont mille pièces élémentaires. La fabrication du dérailleur et des câbles de frein, la vulcanisation des pneus et chambres à air se fait dans des usines d’une haute technicité.

  • Ceux qui ont de la chance de faire du cheval et/ou d’avoir des chevaux dans leur famille peuvent se réjouir : il se peut que dans 10/15 on revienne à la bonne vieille charette tirée par un cheval pour remplacer la voiture. 
de notre civilisation industrielle : les chevaux plutôt que vers les voitures
Photo by Jossuha Théophile on Unsplash

Cela peut prêter à rire ou intriguer, mais que se passera-t-il lorsque nous aurons un accès limité au carburant ? Que se passera-t-il quand l’aberration de la voiture électrique sera enterrée (qui peut se payer cette voiture très polluante à produire ?) et que nous aurons de longues distances à parcourir ?

Nous ne pourrons pas toujours compter sur nos vélos que nous userons sans doute beaucoup plus vite ou sur d’hypothétiques covoiturages.

Plutôt que dans la voiture électrique, l’État devrait investir dans les haras nationaux. Nous aurons besoin de 10 millions de chevaux de trait contre 200 000 aujourd’hui ! (Yves Cochet)

Anticiper l’effondrement en produisant sa nourriture, ses produits d’entretien

  • Apprendre à jardiner quand on peut fréquenter un (ou son) jardin, ou au moins cultiver quelques plantes nourricières sur son balcon (tomates cerises, radis, menthe, …).
  • Apprendre à constituer un garde-manger de 2 ou 3 mois, quand on a la place nécessaire plutôt que de nous contenter de nos réserves de quelques semaines.
  • Apprendre des recettes zéro déchet (lessive, savon, shampoing, dentifrice). Faire du liquide vaisselle, par exemple. Les produits employés dans certaines recettes (savon noir, cristaux de soude, vinaigre, etc.) durent bien plus longtemps qu’une bouteille d’un litre de liquide vaisselle. De plus, ces recettes nous offrent une promesse d’autonomie précieuse, tant que l’on possède les ingrédients.
  • Apprendre à réparer et à mieux entretenir nos objets (son propre vélo, le lave-vaisselle, …), son grille-pain au Repair Café pour les faire durer le plus longtemps possible. Les métaux rares disparaissent, eux aussi : demain nous aurons beaucoup moins d’objets High-Tech, alors autant prendre soin de ceux que l’on possède.

Tournons-nous dès à présent vers des objets simples d’utilisation, robustes et facilement réparables. C’est tout le concept des low-tech.

Anticiper l’effondrement de notre civilisation grâce à la low-tech

Four solaire, les toilettes sèches ou la machine à laver à pédales, ça vous parle ?

Globalement, les low-tech désignent des objets, systèmes, techniques ou services, s’articulant autour de trois grands principes : utilité, durabilité, accessibilité au plus grand nombre. Les technologies sur lesquelles se basent les low-tech doivent être sobres, agiles, et résilientes. Les techniques low-tech se doivent d’être durables, simples et le plus indépendantes possibles des ressources non renouvelables.

Par exemple, l’avenir du réfrigérateur très gourmand en énergie est peut-être bien le garde-manger.

Anticiper l’effondrement en devenant décroissant

Il faut combattre les mythes fondateurs (croissance infinie, développement durable) auxquels s’accrochent les puissants, gouvernements ou les plus riches et changer l’imaginaire collectif. Nous allons devoir nous passer de tout ce que notre société thermo-industrielle nous fournissait : abondance de nourriture et de vêtements, transports publics et voiture individuelle.

Ou nous saurons nous adapter ou nous disparaîtrons rapidement : la NASA et d’autres structures reconnues ont réalisé des études scientifiques très sérieuses, se basant, entre autres, sur les comportements de civilisation disparues (Mayas, empire Romain, habitants de l’île de Pâques).

Entre une gestion des ressources naturelles catastrophiques pour les uns, et une inégale répartition des richesses, pour les autres, ces civilisations ont causé leur propre perte. En effet, lorsque les élites, de moins en moins nombreuses, consomment de plus en plus, sans se soucier de maintenir un niveau de vie acceptable pour les plus pauvres, ces derniers disparaissent.

En disparaissant, les gens les plus modestes et les plus fragiles ne peuvent plus fournir la puissance de travail nécessaire au confort de vie des élites.

Effondrement de notre civilisation industrielle
Photo by Hulki Okan Tabak on Unsplash

La solution à cela se trouverait dans la sobriété, peut-être pas carrément un rationnement, mais dans une attention accrue aux quantités que nous consommons e prélevons !

Créer la carte carbone

Dès les années 90, des chercheurs britanniques ont proposé l’idée de la carte carbone. Elle donnerait droit à des « crédits d’énergie« , permettant à chacun un nombre précis de pleins d’essence, d’huile, ou, par exemple, d’achats de billets d’avion.

Il faudrait organiser dès maintenant le partage des ressources proches de la pénurie, afin que les plus fragiles n’en soient pas privés, grâce à ladite Carte Carbone, ce qui fera hurler les plus riches.

Comment anticiper l'effondrement de notre civilisation ?

La fin de notre société thermo-industrielle

Comme le dit Philippe Bihouix, nos centrales nucléaires sont en mauvais état. Même si nous souhaitons nous en passer, il nous faudra encore 50 ans pour les faire refroidir. Ainsi, nous ne sommes pas prêts de les démanteler, en France.

Parallèlement à ce problème, nos usages numériques (ordinateurs, smartphones, Internet, datacenters) consomment une énergie folle et impliquent d’installer des climatiseurs pour refroidir les datacenters.

On ne pourra pas pourvoir à la demande croissante d’électricité de ces datacenters, en terme d’alimentation et de climatisation. Les canicules entraînent de toute façon déjà des pannes de climatisation. C’est le cas, par exemple, à Perth, en Australie.

Effondrement de notre civilisation industrielle : la fin d'Internet
Photo by Taylor Vick on Unsplash

De plus, la montée des eaux, sur le globe, menace directement le bon fonctionnement des câbles sous-marins, installés près des côtes, qui font transiter nos données. À terme, Internet fondra, littéralement. Alors, en attendant que dans un hypothétique futur, les calories d’énergie de nos ordinateurs chauffent nos piscines collectives, tournons-nous vers l’énergie low-tech !

Vivre dans un écolieu et tout apprendre des low-tech, c’est bien, mais sans les autres, nous ne survivrons pas. En effet, ceux qui survivent, dans les situations apocalyptiques sont ceux qui s’entraident…

Anticiper l’effondrement en pressurisant les institutions

La fin de notre civilisation telle qu’on la connaît peut paraître très abstraite, quoi qu’elle se précise avec les sécheresses et incendies de l’été dernier (mais certain.e.s font encore des gosses XD).

Notre monde est tellement hors-sol que tout peut basculer rapidement. Faisons pression sur nos maires, nos collectivités locales, nos dirigeants pour qu’ils prennent des mesures concrètes :

  • ré-ensemencer les sols,
  • planter massivement des arbres,
  • restreindre la consommation d’eau.
  • Vérifier où sont les points d’eau naturels les plus proches, et apprenons à filtrer l’eau, à la pomper manuellement.

Effondrement de notre civilisation : s’entraider ou s’entretuer ?

Il paraît que contrairement à ce que prétendent certains médias, en cas d’effondrement, le chaos généralisé relève du pur fantasme. Les individualistes sont souvent les premiers à mourir. D’après Pablo Servigne et Raphaël Stevens (livre « Comment tout peut s’effondrer »), la population cherche avant tout la sécurité, comme cela a été démontré dans des situations de catastrophes naturelles (Nouvelle-Orléans aux Etats-Unis, par exemple).

Dans une situation de crise et d’urgence absolu, le citoyen lambda ferait preuve d’altruisme, de coopération, plutôt que de se mesurer à ses voisins pour leur survivre.

Cela reste à vérifier car le niveau d’arrogance extrême de beaucoup d’hommes et de femmes, très sûrs et très fiers d’eux, lorsque les groupes commencent à mieux se connaître, est absolument navrant.

L’espèce humaine est bien bien pourrie, jusqu’à la moelle ! Le putain de facteur humain nous plombe (pour reprendre une expression de Laure Noualhat) ! 

Par ailleurs, quand on lit des livres tels que Exodes, de Jean-Marc Ligny, on a du mal à envisager une fin du monde sereine 😀

Quoi qu’il en soit, le mythe fondateur de la société libérale qui affirme que l’état de nature sauvage est celui de la loi du plus fort et de la guerre de tous contre tous, serait erroné et il faut espérer que ce soit vrait ! En effet, on ne multiplie ses chances de survie que grâce à la coopération et la solidarité.

Ainsi, ce sont les personnes se tournant vers les solutions coopératives qui seront le moins impactées par un effondrement brutal de notre monde.

En un mot, rapprochons nous de nos voisins dès à présent, si ce n’est pas déjà le cas (si tant est qu’ils le veuillent bien) ! Ce n’est pas toujours simple à mettre en place car tous ne comprennent pas l’intérêt de la démarche, mais il est important de nouer des liens avec ses voisins, de mettre en place une certaine entraide. 

Les gouvernements face à l’effondrement de notre civilisation

Nos gouvernements peuvent débloquer dès maintenant de l’argent, pour les causes urgentes ! Le problème a été soulevé dès les années 70. Quand on pense qu’il ne s’agit que d’une question de volonté politique…

Ils ont su se mobiliser, en 2008, pour sauver les banques.

La BCE (Banque Centrale Européenne) a créé 1000 milliards pour secourir les banques européennes, à partir de rien. Aux États-Unis, l’équivalent local de la BCE a créé 2 fois 1000 milliards ! Cela s’appelle le Quantitative easing. Pierre Larrouturou nous apprend, hélas, que 11 % de cet argent, seulement, est allé dans l’économie réelle ; 89 % est parti à la spéculation. Mais bien sûr. Ils sont fous ces vieux merdeux et cyniques à vomir.

La BCE peut donc tout à fait créer 100 milliards pour les besoins liés au changement climatique, en Europe !

Depuis 2008, le FMI a signalé chaque année, puis chaque mois, que le risque de crise financière est présent et pourrait être 10 fois pire que la crise de 2008 (source : les échos).

En parallèle, Pierre Larrouturou et Jean Jouzel proposent de créer un traité européen stipulant que la création monétaire doit servir à créer des emplois, pour combattre les effets et conséquences du changement climatique.

On ne toucherait pas à la BCE, mais on utilise la Banque Européenne d’Investissement (BEI) pour qu’elle devienne une banque du développement durable pour financer la transition écologique en Europe.

Les politiciens ont été contraints d’accepter le GIEC

Donc on peut aller plus loin…

Thatcher et Reagan ont été obligés d’accepter la création du GIEC en raison des travaux de Jean Jouzel et Claude Lorius. Ils y étaient opposés et pourtant, 6 mois plus tard, ils ont validé sa création. Même chose lorsque le mur de Berlin est tombé. Helmut Kohl et Mitterrand ont dû faire face. Ils ont permis la naissance, en 6 mois seulement, d’une banque pour financer la transition des ex-pays soviétiques.

Quand nos politiciens ont la trouille, ils peuvent en vitesse prendre des mesures intelligentes. Même ceux qui rêvent d’un suffrage censitaire*.

*suffrage censitaire : seuls les plus riches peuvent voter.

6 réflexions au sujet de “Comment Anticiper L’effondrement de Notre Civilisation Industrielle ?”

  1. Est-ce que le fait qu’on multiplie les gestes écolo met vraiment la pression aux politiciens ? Je pense que ce n’est pas ça qui leur fait peur. Si on se mettait à bloquer des centrales EDF et à piller des supermarchés peut être aha 😉 Les consultations aussi sont souvent faites pour détourner le regard des citoyens (j’avais des profs qui bossaient dessus je crois, il faudrait que je retrouve… en gros en proposant des consultations ou des concertations, on donne l’impression aux gens d’agir même si derrière ça ne se traduit pas par des mesures concrètes). Je n’ai pas regardé le documentaire sur le plastique sorti récemment, mais une amie me racontait que justement, dedans ils soulignaient que les entreprises comptent aussi sur le fait que les consommateurs pensent qu’ils sont responsables, plutot que de blamer les entreprises qui font les choix en amont (la loi de l’offre et la demande n’est pas si mécanique qu’on nous le dit !). Après sur le constat général je suis d’accord avec toi : oui il faut mettre la pression, et refuser ce système dans son ensemble, tu as très bien expliqué pourquoi ! Mais de mon point de vue il faut être plus ambitieux, essayer de développer des grilles de lecture politiques, se renseigner beaucoup… et militer ne serait-ce qu’un peu

    • Hey la Nébuleuse, ça fait plaisir de te revoir par ici 🙂
      Oui, en effet, les gestes écolos tout seuls ne sont pas un moyen de pression sur les politiciens. Par extension, en revanche, le zéro déchet (qui pousse à consommer de façon différente) peut peut-être leur faire peur. Et c’est marrant, le Cash Investigation sur le plastique, j’ai commencé à le regarder hier soir. Pinaise…je ne pensais pas que les entreprises avaient carrément, entre autres objectifs, de pousser les consommateurs à prendre l’entière responsabilité des déchets. Je trouve aussi que le manque d’information de certain.e.s fait peur souvent, en effet, ou regarder les écolos de loin, comme des bobos excentriques qui font des choses inutiles. Du militantisme et du boycott 🙂 !

      • Héhé oui j’étais un peu moins dans les parages mais je vais essayer de faire vivre un peu le blog et de venir lire les blogs que je suis quand-même, même si j’aurai moins de temps cette année (début de thèse…). Je pense que les initiatives « zéro déchet » sont susceptibles d’avoir un impact si elles impliquent une réduction de la consommation et surtout le fait de s’investir dans des structures différentes. Et de gueuler quand on nous prend pour des poires 😀 ! Je reste très déçue et dubitative quand je vois le programme des festivals Alternatiba en général par exemple : c’est bien comme première approche, mais le public est en général déjà sensibilisé, qu’apprend-il de plus sur la façon de mener la lutte, et sur les éléments du système à attaquer en priorité, sur la façon de faire tenir des luttes collectives ? En général on fait venir des noms un peu connus qui vont juste répéter que l’heure est grave, que l’homme détruit plein de choses mais qu’on peut encore agir…

        • Gueuler quand on nous prend pour des poires, oh oui, ça, ça manque ! Toujours très admirative des islandais qui ont gueulé comme des putois, fait pression pour démission de leur gouvernement et sauvetage des banques, en 2011. C’est vrai que quand on entre dans la sphère « alternative (Alternatiba, mouvement zéro déchet, etc.), on se retrouve beaucoup entre convaincu.e.s et donc…impact minime puisqu’on ne fait qu’améliorer nos propres changements. Ce qui est rageant c’est le manque de mesures courageuses et simples, partout (gouvernement : dés-inciter à l’achat de voitures polluantes, faire replanter massivement des arbres, mettre l’urgence écolo au premier plan), entreprises et autres lieux publics (supprimer emploi gobelets plastiques, sacs soi-disant bio-dégradables pour les fruits-légumes dans les commerces)…etc. etc.
          En revanche, pour la consultation citoyenne, si elle était massivement remplie, je pense que ça aurait un impact, mais hélas, on est pas assez nombreux à croire en notre propre pouvoir. Je lisais hier que pour répandre une idée, il faut 25% de convaincus dans un groupe pour que ça fasse boule de neige.

          • Oui c’est exactement ça, pas assez nombreux à croire en notre pouvoir ! Pourtant on en a des exemples historiques d’avancées majeures dues à des mobilisations collectives, mais tout est fait pour nous envoyer le message inverse… Je crois que l’essentiel est là oui, recréer cette confiance en la force collective, en ce qu’on peut accomplir, sans avoir besoin de leaders super autoritaires

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